1892: La belle époque

Samuel fut un remarquable créateur de spectacles. Avec lui commence la manière moderne de diriger un théâtre.

Il adorait l'opérette et admirait la comédie. Sous sa férule, les Variétés devinrent à la fois le conservatoire et la pépinière de l'une et de l'autre. Il connut des succès prodigieux, fit des découvertes capitales et sa politique intelligente connut très peu d'échecs. Bien sûr, en reprenant tour à tour les succès confirmés, il prenait peu de risques, mais ces succès permettaient des créations qui, elles, n'allaient pas sans hasard.

Les débuts de Samuel sont prudents. Brevet Supérieur de Meilhac, Le Premier Mari de France de Valabrègue, Madame Satan de Blum et Touché, Le Carnet du Diable de Blum et Ferrier alternent avec des reprises d'opérettes célèbres comme Chilperic, L'œil Crevé, Le Petit Faust d'Hervé et Le Pompier de Service de M. Paul Gavault.

En 1898 un nouvel auteur apparaît aux Variétés. Le 8 février on joue Le Nouveau Jeu d'Henri Lavedan qui tiendra l'affiche avec succès jusqu'à la création d'une comédie de Duval et Hennequin, le 20 décembre, Le Voyage autour du Code, remplacée à son tour le 3 mars 1899 par une nouvelle pièce

de Lavedan Le Vieux Marcheur qui triomphera en alternance avec Le Nouveau Jeu jusqu'en avril 1900.

En 1900 on joue Education de Prince de Maurice Donnay avec Jeanne Granier, en 1901 Mademoiselle George de Victor de Cottens avec une musique de Louis Varney, puis Les Médicis d'Henri Lavedan qui ne remporte pas le succès attendu et sera remplacé quelques jours plus tard par Vive l'Armée de Valabrègue.. La Veine d'Alfred Capus tiendra l'affiche jusqu'à Noël 1901. Au cours des répétitions de la revue de fin d'année, le 2 novembre, un grave accident se produit sur la scène : un décor s'écroule et certains acteurs sont gravement blessés. La presse s'empare de l'événement qui servira largement à la publicité de La Revue de Gavault et Vely.

Les deux Ecoles d'Alfred Capus seront jouées de février à novembre 1902. Pour les fêtes de fin d'année on reprend Orphée aux Enfers jusqu'à la création de la comédie d'Alfred Capus : Le beau Jeune Homme, en février 1903. Le Sire de Vergy de Caillavet, Flers et Claude Terrasse triomphe tandis que Catulle Mendès s'écrit: "L'opérette se meurt ! Apollon soit loué ! Elle se meurt ! Elle est morte !" Alors Samuel répond : "Elle vit ! Dieu merci !" et relevant le défi, pendant deux années, 1904 et 1905, il donnera aux Variétés un véritable festival de l'opérette, mêlant les créations aux reprises des plus grands chefs-d'oeuvre du répertoire.

En mai 1904 c'est la création à Paris de La Chauve-Souris de Meilhac, Halevy et Johann Strauss, puis en novembre Monsieur de La Palisse de Flers, Caillavet et Claude Terrasse, en 1905 L'Âge d'Or de Georges Feydeau et Louis Varney, et Les Dragons de l'Impératrice de Duval et André Messager.

Le projet initial de Samuel comprenait la reprise de quarante opérettes, mais la succession trop rapide des titres - deux à trois par semaine - dérouta le public qui bouda le "festival". Finalement le projet fut abandonné au bout de huit mois, après six reprises et quatre créations jouées en alternance.

Ce demi-échec de la "renaissance de l'opérette" fut sans doute bénéfique. Il contraint Samuel à chercher de nouveaux auteurs, de nouveaux interprètes et il les trouve. A partir de 1906 les succès sont souvent prodigieux, obtenant des nombres de représentations encore jamais atteints.

Miquette et sa Mère de Flers et Caillavet,Le Bonheur Mesdames ! de Francis de Croisset, La Piste de Victorien Sardou avec Réjane et Suzanne Avril, L'Amour en Banque de Louis Artus avec Yvette Guilbert, ouvrent la voie aux grands triomphes.

En juin 1908 on affiche aux Variétés Le Roi de Caillavet, Flers et Arène, avec Eve Lavallière. Victoire complète, la comédie tiendra la scène pendant cinq cent soixante représentations, sans alternance d'autres pièces et par la suite sera reprise maintes fois avec le même égal bonheur.En attendant un nouveau succès de Flers et Caillavet, on joue Le Circuit.

En avril 1910, la comédie espérée est à l'affiche et personne ne sera déçu c'est Le Bois Sacré qui sera joué jusqu'en février.

En ce mois de février 1911 une piquante petite personne fait ses débuts aux Variétés. Elle n'est pas encore connue mais elle deviendra plus tard la reine du music-hall, c'est Mistinguett. Elle joue dans Les Midinettes de Louis Artus puis triomphe dans le rôle de Pauline de La Vie Parisienne qui semble avoir été écrit pour elle.

En décembre 1911 Max Dearly débute dans Les Favorites d'Alfred Capus, quelques mois plus tard on retrouve Mistinguett dans Le Bonheur sous la Main de Paul Gavault, enfin après une reprise du Roi, une autre d'Orphée aux Enfers et une comédie de Jean José Frappa : Match de Boxe avec Max Dearly, c'est l'annonce d'un triomphe nouveau, on affiche L'Habit Vert de Fiers et Caillavet, en décembre 1912. Alors la troupe des Variétés était incomparable : Jeanne Granier, Eve Lavallière, Diéterle, Mistinguett, Mme Simon-Girard, Mme Tariol-Baugé, MM. Albert Brasseur, Prince, Guy, Numès, Max Dearly. C'était vraiment "la Belle Epoque", non seulement pour le Théâtre des Variétés, qui devait en connaître bien d'autres, mais pour l'ensemble du théâtre parisien qui restait le grand leader des modes, du goût et de l'esprit.

Hélas, la guerre devait tristement clore cette brillante période. Les Variétés affichent encore Les Merveilleuses, une reprise de la comédie de Victorien Sardou, avec le jeune acteur Saturnin Fabre ett Ma Tante d'Honfleur de Paul Gavault. C'est sur ce dernier succès que le théâtre ferme ses portes en juillet.

Le 21 décembre mourrait Samuel et Max Maurey prenait la direction des Variétés mais devait attendre la fin de la guerre pour les faire revivre.