1871: La fin du Siècle

M.Adolphe Thiers, Président de la République, l'Alsace et la Lorraine cédées à l'Allemagne, les fastes de l'Empire n'étaient plus qu'un souvenir. Comme pour renouer avec le passé, Eugène Bertrand, nostalgique, ouvre les Variétés avec une opérette nouvelle d'Offenbach Boule de neige.

Peu à peu les fastes de la vie parisienne reprennent leurs droits et les Parisiens le chemin des théâtres.

Le 13 mai 1872, on joue aux Variétés Les Cent Vierges, une opérette nouvelle de Charles Lecocq, que la presse accueille fraîchement : "Ce ne sont là que méchants fredons, douteuses cantilènes, rengaines à tout aller et tristes ressucées de ce qu'Offenbach et Hervé, ces géants, avaient donné au temps du plaisir de vivre". Pourtant la valse" O Paris gai séjour" fut bientôt sur toutes les lèvres des Parisiens avant de faire le tour du monde et contribuer largement à la célébrité de son auteur.

En novembre on donne La Mémoire d'Hortense de Labiche, et Les Sonnettes de Meilhac et Halevy.

1873 voit la première reprise aux Variétés de La Vie Parisienne et la création de l'opérette d'Offenbach Les Braconniers et l'année se termine sur la comédie de Victorien Sardou Les Merveilleuses. Ni Garanti Dix Ans de Labiche, ni La Petite Marquise et La Boule de Meilhac et Halevy, ne marquèrent l'année 1874, que domine la grande reprise de La Périchole dans sa version remaniée et définitive.

La création de l'opéra-bouffe d'Offenbach, Meilhac et Halevy La Boulangère a des écus n'atteindra pas les sommets d'autrefois et sera un demi-succès. Pourtant, la mode d'Offenbach n'est pas passée et la reprise de La Belle Hélène en 1876 avec Mlle Judic dans le rôle d'Hortense Schneider est un triomphe.

C'est surtout la grande époque de Labiche aux Variétés : La Guigne, Un Jeune homme pressé, Les trente millions de Gladiator, Le Roi dort, sont tour à tour a l'affiche. On joue La Cigale de Meilhac et Halevy (1877), Niniche de Hennequin (1878), Le Grand Casimir de Prével (1879) ainsi qu'une opérette légère d'Hervé La Femme à Papa (1879).

En 1880 meurt Jacques Offenbach à l'âge de soixante et un ans. Paris est en deuil. Le maestro n'assistera pas au triomphe de ses Contes d'Hoffmann à l'Opéra-Comique, pourtant l'oeuvre devait devenir "Les contes des mille et une représentations" suivant le mot d'un chroniqueur de l'époque.

Offenbach avait donné aux Variétés ses plus éblouissantes soirées, mais Paris ne devait pas être ingrat envers son diable magicien, père du can-can et sans relâche l'auteur de La Belle Hélène la fera chanter et danser.

1881 voit l'immense succès de Judic dans La Roussotte de Meilhac et Halevy et 1882 les débuts de Réjane dans la revue de fin d'année Les Variétés de Paris de Blum et Touché.

Mam'zelle Nitouche de Meilhac, Michaud et Hervé, dont la première a lieu le 26 janvier 1883, remporte un triomphe. On se croit revenu aux beaux soirs de La Grande Duchesse. Hervé a cinquante-huit ans, on lui décerne le titre de "Père de l'Opérette". Offenbach dut se retourner dans sa tombe.

Vint alors pour les Variétés le temps des reprises.
Manquait-on de créateurs ? Peut-être.

En 1885 on joue vingt pièces différentes et l'on ferme le théâtre pendant trois mois. Les créations sont des fours. Les Remords d'Anatole de Millaud ne font que cinq représentations. On reprend le répertoire et même Les Brigands pour la fin de l'année.

Février 1886 voit arriver aux Variétés une nouvelle venue : Yvette Guilbert, dans une pièce dont le titre la poursuivra bien après sa mort Le Fiacre 117 de Millaud et Najac. En compagnie de Réjane elle jouera Décoré de Meilhac en 1888.

Cette année-là meurt Eugène Labiche, il avait donné vingt-trois comédies aux Variétés. C'est Mme Sarah Bernhardt qui, en 1889, prend possession du Théâtre des Variétés qu'elle a loué pour quelques mois à Eugène Bertrand, le temps de l'Exposition.

Elle a quarante-cinq ans, elle est au sommet de sa gloire et joue avec le plus grand succès La Dame aux Camélias et Léna. L'année se terminera sur une revue brillante de Blondeau et Monréal : Paris-Exposition.

Monsieur Betsy d'Alexis et Ménétrier est créé en 1890 par Réjane qui triomphe la même année dans Ma Cousine de Meilhac.

1891 voyait la fin de la direction prudente et avisée d'Eugène Bertrand qui avait su maintenir la scène des Variétés au tout premier rang des théâtres parisiens.

Le 1er janvier 1892, M.-F. Samuel prenait la direction de la salle du boulevard Montmartre.

Il devait devenir l'un des princes du Paris de "la Belle Epoque".