1855: l'ascension d'Hippolyte COGNIARD

Le seul problème de Cogniard était de trouver un style de répertoire personnel. Le Gymnase et le Vaudeville avaient la comédie, le Palais-Royal la farce, les Délassements-Comiques la comédie de moeurs (et même de mauvaises moeurs !), enfin Jacques Offenbach venait d'ouvrir les Bouffes-Parisiens qui devait devenir le temple de l'opérette. L'époque était au vaudeville et faute de trouver mieux, Cogniard, partant du vaudeville, se dirigea peu à peu vers la revue à grand spectacle, la féerie, la comédie légère entrecoupée de danses et de couplets. On aimait alors les piécettes courtes, en un acte et Cogniard en fit jouer des quantités sur la scène des Variétés.

En 1856 Henry Monnier vint jouer Joseph Prudhomme mais bien que la pièce créée autrefois à l'Odéon ait été réduite à trois actes et agrémentée de couplets, le succès ne vint pas. On préférait décidément le répertoire léger et par-dessus tout les vaudevilles de l'inépuisable Thiboust qui alimente plusieurs scènes de Paris. Il donne aux Variétés cette année-là Les Enfants Terribles, Les Nuits de la Maison d'Or, La Lanterne Magique, Madelon Lescaut.

C'est en 1856 que débute aux Variétés celle qui devait en devenir la reine : Hortense Schneider. Elle joue successivement Le Chien de Garde, Jean Le Toqué et La Lanterne Magique.

En 1857, Déjazet qui est presque une vieille femme, reprend son grand succès : Gentil Bernard et paraît dans Les Chants de Béranger, mais c'est la

revue brillante de Cogniard et Clairville : Ohé! Les P'tits Agneaux! qui remporte tous les succès.

1858 ne sera pas un très grand cru et si Les Bibelots du Diable sont très applaudis, L' Ut dièze de Grangé, Deux Merles Blancs de Labiche, Je marie Victoire de Cormon et Grangé, Le Pays des Amours de Plouvier, passent inaperçus. L'année se termine par une revue brillante : As-tu vu la comète, mon gars? qui passera très vite.

L'année suivante est marquée par une excellente comédie de Dumanoir et Thiboust : Le Capitaine Chérubin dans laquelle la Déjazet chante à ravir - la voix n’a pas vieilli - la romance écrite par Beaumarchais. Labiche donne également une comédie fort divertissante : L'Ecole des Arthur dans laquelle la belle Alphonsine charme le public dans son rôle de grisette. On joue aussi Les Chevaliers du Pince - Nez de Thiboust, Le Pays des Echasses de Cogniard et l'année se termine par une revue fort drôle Sans Queue ni Tête de Cogniard et Clairville que l'on joue "à l'envers" en commençant par la dernière réplique, ce qui donne des coq-à-l'âne des plus comiques.

En 1860, parmi les nombreuses comédies de Thiboust, Clairville et Cogniard, telles que Quel drôle de monde!, Un troupier qui suit les bonnes ou La Grande Marée, on joue pour la première fois sur la scène des Variétés une comédie de Meilhac et Halevy, Ce qui plait aux Hommes pour laquelle Léo Delibes a écrit une musique. On joue La fille du Diable de Clairville et Thiboust et l'année se termine par une revue au titre évocateur Oh! La! La! Qu'c'est bête tout ça! de Cogniard et Clairville pour ne pas changer.

Cette année 1861 mourut Eugène Scribe qui avait donné au Théâtre des Variétés trente-sept comédies et si le Fidelio de Beethoven ne remportait aucun succès, tout Paris venait rire aux Variétés où Ya-Mein-Herr de Thiboust se jouait à bureau fermé.

Que dire de ces années 1862, 1863 et 1864, sinon que Cogniard continuait à exploiter le même filon de comédies légères écrites sans génie par Thiboust et Clairville.

En avril 1864, Cogniard présente Le Joueur de Flûte, une opérette d'Hervé. Le Figaro du 14 août écrit "Voilà un genre moins usé que tous les autres, vers lequel le Théâtre des Variétés doit glisser tout doucement pour se rajeunir". Cogniard entendit-il la leçon? Sans doute. Mais ce n'est pas tout doucement qu'il se mit à glisser, mais d'un seul coup, franc et puissant et cette glissade non seulement ne descendait pas aux Enfers, mais atteignait les sommets de l'Olympe.

Quatre mois plus tard, le 13 décembre 1864 s'échappaient des Variétés des airs, des mélodies, des choeurs que personne ne devait plus jamais oublier ce soir-là, pour la première fois, on jouait La Belle Hélène.